Une propriété liée à Yahya Jammeh aux États-Unis avait été confisquée puis vendue par la justice américaine. Washington va désormais restituer à la Gambie près de 2,5 millions de dollars, environ 1,4 milliard de FCFA. Particularité de l’accord : cette somme alimentera le mécanisme destiné aux victimes des violations commises sous l’ancien régime.
Un bien immobilier acquis aux États-Unis et rattaché aux activités financières de Yahya Jammeh va finalement contribuer à réparer une partie des violences commises durant ses vingt-deux années au pouvoir. Banjul et Washington ont conclu un accord organisant le rapatriement de 2 507 911,73 dollars issus de la vente d’une propriété située à Potomac, dans le Maryland.
L’argent ne sera pas versé au budget général de l’État gambien. Selon l’accord, il rejoindra le Fonds de réparations ouvert auprès de la Banque centrale et administré par la Commission chargée d’indemniser les victimes. Une affectation qui transforme la récupération d’avoirs en instrument de justice transitionnelle.
D’une propriété américaine au fonds des victimes
La maison de Potomac avait été achetée pour environ 3,5 millions de dollars, près de 2 milliards de FCFA, par l’intermédiaire d’un trust constitué par Zineb Jammeh, épouse de l’ancien président. La justice américaine avait engagé une procédure de confiscation, soutenant que la propriété avait été acquise avec des fonds provenant de faits de corruption attribués à Yahya Jammeh.
Après sa confiscation puis sa vente, le produit net récupéré atteint environ 2,5 millions de dollars. L’accord conclu entre les deux gouvernements prévoit désormais son retour en Gambie avec une destination précise : financer les réparations accordées aux victimes éligibles.
La trajectoire de cet argent devient ainsi particulière. Un actif constitué à l’étranger sous l’ancien régime est transformé, plusieurs années plus tard, en ressource destinée à ceux qui ont subi ses violations.
Les avoirs Jammeh, un dossier sensible
Cette restitution intervient alors que la gestion du patrimoine confisqué à l’ancien président reste un sujet sensible en Gambie. En mai 2025, le ministère de la Justice avait publié un inventaire évaluant à plus de 1,24 milliard de dalasis, environ 17 millions de dollars à l’époque, les biens récupérés : participations dans des entreprises, propriétés immobilières, véhicules, équipements ou encore bétail.
La gestion et la cession de certains actifs avaient cependant suscité des interrogations, notamment en raison de transactions réalisées avant l’achèvement des travaux de la Commission Janneh, chargée d’enquêter sur les pratiques financières de l’ancien régime. Les autorités avaient ensuite annoncé un renforcement des mécanismes de transparence.
Le dispositif retenu pour les fonds américains cherche précisément à isoler leur utilisation : leur destination est fixée à l’avance et leur administration confiée au mécanisme de réparations.
Transformer les avoirs en réparations
Depuis janvier 2026, la Gambie est entrée dans une phase concrète de son processus de réparation, avec le début des paiements aux victimes de violations commises entre juillet 1994 et janvier 2017.
L’argent rapatrié des États-Unis vient renforcer ce dispositif, mais il porte également une signification plus large. La justice transitionnelle ne consiste plus seulement à documenter les crimes, identifier les victimes ou rechercher des responsabilités. Elle cherche aussi à récupérer une partie des richesses liées à l’ancien pouvoir pour les réorienter vers la réparation.
Près de dix ans après le départ de Yahya Jammeh, les avoirs associés à son régime changent ainsi progressivement de fonction : de patrimoine saisi, ils peuvent devenir une ressource pour ceux qui attendent encore réparation. L’enjeu sera désormais de garantir que cette transformation financière atteigne effectivement les victimes auxquelles ces fonds sont destinés.
La Rédaction
Sources : Département américain de la Justice ; ministère de la Justice de Gambie ; Commission gambienne des réparations.

