Ils circulent dans l’eau et dans l’air, contaminent les aliments et peuvent atteindre l’organisme humain jusque pendant la grossesse. Mais la particularité des PFAS tient surtout à ce qui se passe après leur dispersion : certains de ces produits chimiques peuvent persister pendant des siècles et aucune technologie ne permet aujourd’hui de nettoyer efficacement, à grande échelle, les écosystèmes contaminés. Devant le Conseil des droits de l’homme, deux experts de l’ONU appellent donc à agir avant que la pollution ne devienne un héritage impossible à effacer.
Présentés lundi à Genève lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme, leurs constats placent les substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS, au croisement de trois enjeux : santé publique, environnement et droits humains.
Cette famille rassemble des milliers de substances chimiques de synthèse recherchées notamment pour leur résistance à l’eau, aux graisses ou à la chaleur. Cette stabilité, utile industriellement, devient cependant leur principal problème lorsqu’elles sont rejetées dans l’environnement.
Des siècles dans l’environnement
Les PFAS peuvent parcourir de longues distances dans l’air et dans l’eau. Une contamination initialement localisée peut donc se déplacer bien au-delà du lieu où ces substances ont été produites ou utilisées.
« Une fois rejetées, certaines de ces substances peuvent subsister dans l’environnement pendant des siècles », avertit Bethanie Carney Almroth, Rapporteure spéciale sur les substances toxiques et les droits de l’homme.
Le problème est aggravé par l’absence de solution permettant de débarrasser efficacement les écosystèmes de ces substances à grande échelle. Contrairement à certaines pollutions qui peuvent être progressivement traitées, la contamination aux PFAS confronte ainsi les pouvoirs publics à une équation beaucoup plus difficile : ce qui n’est pas empêché aujourd’hui pourrait rester présent pendant plusieurs générations.
De l’eau potable jusqu’au corps humain
L’exposition ne concerne pas seulement les populations vivant près des installations industrielles. Les PFAS peuvent être présents dans l’eau, les aliments, certains produits de consommation et les environnements professionnels.
Les experts de l’ONU s’inquiètent particulièrement de leurs effets pendant les périodes sensibles du développement. Des PFAS ont été détectés dans le sang du cordon ombilical et dans le lait maternel, et certaines de ces substances peuvent traverser le placenta. Selon Bethanie Carney Almroth, l’exposition peut notamment affecter les systèmes hormonaux ainsi que les fonctions hépatique et immunitaire.
Pedro Arrojo-Agudo, Rapporteur spécial sur le droit à l’eau potable et à l’assainissement, élargit l’alerte aux autres contaminants. Associés aux métaux lourds et aux pesticides, les PFAS participeraient, selon lui, à une pollution cumulative touchant des centaines de millions de personnes, avec des conséquences particulièrement préoccupantes pour les nourrissons et les enfants.
Une pollution qui voyage aussi avec les déchets
La géographie de cette contamination soulève également une question de justice environnementale. Une grande partie des PFAS est produite dans les pays industrialisés, mais ces substances peuvent ensuite circuler par les émissions, les produits commercialisés et les mouvements transfrontières de déchets.
Les conséquences ne suivent donc pas nécessairement la géographie de leur production. Les communautés pauvres ou marginalisées peuvent se retrouver davantage exposées alors même qu’elles disposent de moyens plus limités pour surveiller la qualité de l’eau, traiter les contaminations ou obtenir réparation.
Cette dimension concerne directement les pays en développement, notamment ceux où les capacités de contrôle des produits chimiques et des déchets importés restent insuffisantes. Pour les experts, le principe du « pollueur-payeur » doit permettre d’éviter que le coût sanitaire et environnemental soit transféré aux populations.
Prévenir plutôt que tenter de réparer
Face à des substances aussi persistantes, l’ONU défend une stratégie prioritairement préventive. Le rapport présenté à Genève recommande notamment d’interdire immédiatement les utilisations des PFAS qui ne sont pas essentielles et de renforcer leur réglementation.
Cette approche repose sur un principe simple : attendre une certitude absolue sur chaque conséquence peut devenir en soi un risque lorsque la pollution produite entre-temps est pratiquement irréversible.
La bataille contre les « polluants éternels » se joue donc avant leur dispersion. Car lorsqu’une substance peut survivre pendant des siècles mais que les moyens de la retirer de l’environnement n’existent pas à grande échelle, la pollution d’aujourd’hui risque de devenir une dette laissée aux générations qui n’ont jamais participé à sa création.
La Rédaction
Source : Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ; rapports présentés par Bethanie Carney Almroth et Pedro Arrojo-Agudo, septembre 2026.

