La planète vient de connaître le mois d’août le plus chaud jamais enregistré. La température mondiale a dépassé de 1,65 °C le niveau préindustriel, tandis que la surface des océans a elle aussi atteint un sommet. Mais le signal le plus préoccupant se trouve peut-être ailleurs : ces records surviennent alors qu’El Niño, déjà installé dans le Pacifique, doit encore gagner en puissance dans les prochains mois.
Août 2026 vient d’ajouter une nouvelle anomalie à une décennie déjà dominée par les records climatiques. Selon les données analysées par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la température moyenne de l’air à la surface de la planète a atteint un niveau jamais observé pour ce mois.
Le constat dépasse largement les terres émergées. Les océans ont eux aussi enregistré une température de surface record, tandis que l’hémisphère Nord a connu son été le plus chaud depuis le début des observations. Dans l’hémisphère Sud, l’hiver figure également parmi les plus chauds mesurés.
Les dix mois d’août les plus chauds jamais enregistrés ont désormais tous eu lieu depuis 2016.
Des records jusque dans les océans
Cette accumulation de chaleur se retrouve dans presque toutes les composantes du système climatique. La banquise est restée inférieure à la moyenne aussi bien en Arctique qu’en Antarctique, tandis que plusieurs régions ont connu simultanément chaleur extrême, sécheresse ou incendies.
En Europe occidentale, les fortes températures ont prolongé une séquence commencée dès le mois de mai. La France, la Hongrie, la Roumanie, la Serbie et le Royaume-Uni ont notamment subi de sévères conditions de sécheresse. Plus à l’est, le manque d’eau a également persisté, avec des débits exceptionnellement faibles sur plusieurs grands fleuves, dont le Rhin et le Danube.
L’activité cyclonique tropicale a parallèlement dépassé la moyenne mondiale, avec 19 tempêtes recensées au cours du mois. Autant de manifestations différentes qui ne peuvent pas toutes être attribuées individuellement au changement climatique, mais qui surviennent dans un système planétaire désormais sensiblement plus chaud.
El Niño arrive sur une planète déjà surchauffée
C’est ici que le record d’août prend une dimension particulière. El Niño contribue déjà aux anomalies observées, mais le phénomène n’a pas encore atteint son maximum.
Ce réchauffement naturel et périodique du Pacifique tropical modifie les températures et les précipitations dans de vastes régions du monde. En Indonésie, ses effets ont notamment favorisé des conditions propices à l’intensification des incendies saisonniers.
L’OMM estime qu’El Niño, désormais bien établi, devrait encore se renforcer au cours des prochains mois et influencer le climat mondial jusqu’en 2027.
Le phénomène ne provoque pas le réchauffement climatique de fond. Celui-ci résulte principalement de l’accumulation des gaz à effet de serre liée aux activités humaines. Mais El Niño agit temporairement comme un amplificateur. Toute la singularité de 2026 réside donc dans cette superposition : un puissant cycle naturel vient ajouter de la chaleur à une planète qui se trouve déjà à des niveaux thermiques exceptionnellement élevés.
Les 1,5 °C de nouveau franchis
Avec une température moyenne supérieure de 1,65 °C au niveau préindustriel, août dépasse largement le seuil symbolique de 1,5 °C associé à l’Accord de Paris.
Ce franchissement mensuel ne signifie pas que l’objectif climatique international est définitivement perdu. La limite de 1,5 °C correspond à une tendance observée sur une période beaucoup plus longue, et non au résultat d’un seul mois.
Mais la multiplication de ces dépassements montre combien la marge se réduit. Selon les données américaines, la température moyenne mondiale d’août a également dépassé de 1,32 °C la moyenne du XXe siècle, plaçant le mois au premier rang depuis le début des relevés en 1850.
Le record pourrait n’être qu’une étape
La succession des chiffres records pourrait finir par banaliser leur portée. Pourtant, leur concentration sur une période aussi courte constitue précisément l’information essentielle.
Le monde ne connaît pas simplement quelques épisodes chauds dispersés dans le temps. Les records récents s’inscrivent dans une tendance de fond, sur laquelle viennent désormais se greffer les variations naturelles du climat. L’OMM présentera en novembre, lors de la COP31 à Antalya, un nouveau bilan mondial permettant de mesurer plus précisément cette évolution.
D’ici là, l’attention se portera particulièrement sur le Pacifique. Si El Niño continue de s’intensifier comme prévu, ses effets pourraient peser davantage sur les températures, les précipitations, les sécheresses et certains phénomènes extrêmes au cours des prochains mois.
C’est ce qui rend le record d’août 2026 particulièrement préoccupant : la planète vient d’atteindre un niveau de chaleur inédit alors que l’un des principaux amplificateurs naturels de la température mondiale n’a pas encore atteint son pic.
La Rédaction
Sources : Organisation météorologique mondiale (OMM) ; Copernicus Climate Change Service ; NOAA ; NASA, septembre 2026.

