Invité d’honneur à Londres du 9 au 11 septembre, le Togo entend profiter de l’un des grands rendez-vous mondiaux du secteur pour défendre son pari sur les petits réacteurs modulaires et surtout ouvrir la discussion sur les financements, les partenariats technologiques et les conditions d’un futur programme nucléaire.
Faure Gnassingbé porte cette semaine à Londres un dossier énergétique encore inédit à cette échelle pour le Togo. Attendu au World Nuclear Symposium, le président du Conseil y retrouve industriels, décideurs, experts et acteurs financiers d’un secteur dans lequel Lomé cherche désormais à se positionner.
La séquence londonienne dépasse ainsi la participation à une conférence internationale. Pour le Togo, qui ne dispose aujourd’hui d’aucune centrale nucléaire, l’enjeu consiste à faire reconnaître la crédibilité d’une démarche encore en construction et à identifier les partenaires susceptibles de l’accompagner sur plusieurs décennies.
Cette présence prolonge le discours défendu par Faure Gnassingbé en mai dernier à Kigali, lors du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa (NEISA). Il y avait notamment plaidé pour une place plus importante du nucléaire dans la recherche de souveraineté énergétique du continent, en mettant l’accent sur les petits réacteurs modulaires, ou SMR, et les microréacteurs.
À Londres, passer du plaidoyer aux conditions du projet

Le World Nuclear Symposium offre au dirigeant togolais une scène différente. La question n’y est plus seulement de défendre l’intérêt du nucléaire pour l’Afrique, mais de confronter cette ambition aux réalités industrielles et financières du secteur.
Pour un pays comme le Togo, le choix des technologies est déterminant. Les grandes centrales conventionnelles nécessitent des investissements considérables et des réseaux électriques suffisamment robustes pour absorber leur puissance. Les SMR proposent une autre approche : des unités plus petites, conçues pour être davantage standardisées et potentiellement déployées de manière progressive.
Cette perspective explique l’intérêt de Lomé. Elle ne supprime cependant aucune des exigences fondamentales du nucléaire. Sûreté, réglementation, compétences scientifiques et techniques, gestion du combustible et des déchets, sécurité des installations ou encore financement de très long terme restent incontournables.
Le défi togolais consiste donc moins, à ce stade, à déterminer l’emplacement d’un futur réacteur qu’à construire l’écosystème qui permettrait un jour d’envisager son exploitation.
Faure Gnassingbé installe le Togo dans la diplomatie nucléaire

La stratégie prend parallèlement une dimension diplomatique. Le rapprochement avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) doit permettre au pays de progresser dans la mise en place des institutions, des compétences et des règles indispensables à tout programme nucléaire civil.
Lomé entend également devenir un lieu de discussion continental sur le sujet. Après Kigali en 2026, le Togo accueillera du 1er au 3 juin 2027 la prochaine édition du NEISA. Cette succession de rendez-vous permet à Faure Gnassingbé de positionner progressivement le pays dans un débat africain qui ne concerne plus uniquement la technologie, mais aussi l’accès au capital et la capacité des États à négocier leurs partenariats.
Car l’équation financière demeure probablement la plus difficile. Le nucléaire exige des capitaux importants, mobilisés sur des horizons particulièrement longs. Pour les économies africaines, la question des garanties publiques, du coût du financement et du partage des risques avec les industriels et investisseurs peut devenir aussi déterminante que le choix du réacteur.
Un nucléaire appelé à cohabiter avec le solaire

L’option nucléaire ne remet pas en cause les investissements engagés par le Togo dans les énergies renouvelables. Le pays développe parallèlement plusieurs projets solaires dans le cadre de la diversification de son mix électrique.
Les deux trajectoires répondent à des caractéristiques différentes. Le solaire permet d’exploiter une ressource abondante et de déployer progressivement de nouvelles capacités, tandis que le nucléaire est envisagé comme une possible source de production pilotable et continue. Leur articulation éventuelle devra surtout répondre à une question : quel système électrique permettra au Togo de disposer durablement d’une énergie suffisamment abondante, fiable et compétitive pour accompagner son développement ?
C’est ce qui donne au déplacement de Faure Gnassingbé à Londres une portée supérieure à celle d’une simple présence protocolaire. Le Togo n’est pas encore entré dans l’ère nucléaire. Il cherche d’abord à se donner une place autour de la table où se discutent les technologies, les capitaux et les alliances qui pourraient la rendre possible. Le World Nuclear Symposium constitue, à cet égard, un test de crédibilité autant qu’une tribune pour l’ambition portée par Faure Gnassingbé.
La Rédaction

