Une initiative diplomatique partie de Lomé vient de franchir l’étape des Nations unies. Vendredi 4 septembre, l’Assemblée générale a adopté par 164 voix contre une, avec six abstentions, la résolution « Correct the Map », « Corriger la carte », portée par le Togo au nom du Groupe africain. L’Union africaine a immédiatement salué le rôle joué par le pays dans la mobilisation internationale ayant conduit à ce vote.
Derrière une question qui pourrait sembler purement cartographique se trouve un enjeu de représentation. Le texte encourage l’utilisation de projections restituant plus fidèlement les superficies relatives des différentes parties du monde, alors que la projection de Mercator, conçue au XVIe siècle pour la navigation, produit d’importantes distorsions à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.
Lomé transforme une question cartographique en démarche diplomatique
Le Togo n’a pas seulement présenté la résolution à New York. Il a mené en amont une campagne destinée à rallier États et organisations régionales autour du projet. Le résultat du vote donne la mesure du consensus obtenu : 164 pays ont soutenu le texte, les États-Unis ont été les seuls à voter contre et six délégations se sont abstenues.
La démarche repose sur une anomalie visuelle connue des cartographes. L’Afrique couvre environ 30,4 millions de km², soit près de quatorze fois la superficie du Groenland. Sur certaines représentations fondées sur Mercator, l’écart entre les deux apparaît pourtant considérablement réduit. La projection n’est pas scientifiquement « fausse » : elle répond à des besoins spécifiques de navigation, mais n’est pas adaptée lorsqu’il s’agit de comparer fidèlement les superficies.
La résolution ne demande donc pas sa disparition. Non contraignante, elle encourage notamment le recours à des projections à surfaces équivalentes lorsque la comparaison des dimensions territoriales est déterminante. Cette distinction permet à l’initiative togolaise de déplacer le débat : il ne s’agit pas de condamner un outil cartographique, mais de choisir une représentation adaptée à l’usage qui en est fait.
L’Union africaine reconnaît le rôle moteur du Togo
Dans son communiqué publié après le vote, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a explicitement salué le « leadership » du Togo ainsi que l’engagement du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. L’UA souligne que Lomé a porté l’initiative au nom de l’Afrique et contribué à réunir un large soutien international.
Cette reconnaissance continentale donne au vote une seconde dimension. Une proposition portée diplomatiquement par le Togo devient désormais un instrument que l’organisation panafricaine entend accompagner dans sa mise en œuvre. La Commission de l’UA annonce ainsi qu’elle poursuivra son travail avec Lomé, ses États membres et les partenaires concernés.
Après le vote, la bataille des usages
L’adoption à New York ne changera pas automatiquement les cartes affichées dans les salles de classe, les atlas ou sur les écrans. C’est précisément là que commence la prochaine étape. L’UA appelle institutions internationales, systèmes éducatifs, éditeurs et acteurs numériques à favoriser progressivement des représentations respectant davantage les superficies réelles.
La portée de « Corriger la carte » dépendra donc moins de son caractère juridique, la résolution n’est pas contraignante, que de sa capacité à modifier progressivement les usages.
Pour la diplomatie togolaise, le résultat est déjà tangible. Lomé est parvenu à faire d’une question longtemps cantonnée aux spécialistes de la cartographie un sujet soumis au vote de la communauté internationale, puis adopté à une majorité écrasante. En saluant publiquement cette démarche, l’Union africaine consacre à son tour le rôle joué par le Togo dans cette bataille de représentation.
La Rédaction
Sources : Union africaine ; Assemblée générale des Nations unies ; République togolaise.

