Posséder une identité civile et pouvoir la prouver sont deux réalités différentes. Au Togo, c’est précisément cet écart que les pouvoirs publics cherchent à réduire en visant une large couverture de la population par la carte nationale d’identité à l’horizon 2028. Pour y parvenir, la stratégie commence à déplacer l’administration hors de ses guichets traditionnels.
Depuis environ un an, la Direction générale de la documentation nationale (DGDN) déploie des équipes mobiles lors de grands rassemblements. La 14ᵉ Foire Adjafi, à Lomé, accueille actuellement l’un de ces dispositifs, permettant aux visiteurs d’accomplir sur place les différentes étapes nécessaires à l’établissement de leur CNI.
L’opération peut sembler relever de la simple facilitation administrative. Elle révèle pourtant un problème beaucoup plus structurel : lorsqu’un document est indispensable, la distance qui sépare le citoyen du service chargé de le délivrer devient elle-même une question d’accès aux droits.
La CNI, bien au-delà du contrôle d’identité
Une carte nationale d’identité intervient dans de nombreuses démarches de la vie quotidienne. Elle permet de justifier formellement son identité auprès des administrations et de multiples organismes et facilite l’accès à différents services.
Augmenter son taux de détention revient donc à réduire une forme d’inégalité documentaire : celle qui sépare les citoyens immédiatement capables de prouver leur identité de ceux pour lesquels cette formalité reste plus difficile.
C’est sous cet angle que la mobilité de la DGDN prend son intérêt. Installer temporairement le service dans une foire ou un autre lieu très fréquenté permet de capter des publics qui n’auraient pas nécessairement entrepris spontanément la démarche.
L’objectif 2028 se jouera hors des guichets
Mais les grands rassemblements ne pourront constituer qu’une partie de la réponse. À mesure que la couverture progressera, les personnes restant sans CNI pourraient précisément être celles qui sont les plus difficiles à atteindre : populations éloignées des centres administratifs, personnes confrontées aux coûts indirects du déplacement ou citoyens peu familiers des procédures.
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement le nombre de cartes produites. Il faudra regarder qui reste encore sans document et pour quelles raisons.
La DGDN mobile dessine ainsi une évolution intéressante du service public : ne plus mesurer uniquement l’accessibilité d’une administration à l’existence de ses guichets, mais à sa capacité à atteindre ceux qui en restent éloignés. Car dans la course vers 2028, les derniers citoyens à identifier administrativement seront probablement aussi les plus difficiles à rejoindre.
La Rédaction

