Le mouvement ultra-nationaliste March and March annonce une stratégie de harcèlement hebdomadaire. Une démonstration de force qui instrumentalise la crise économique et prend en otage le débat électoral.
JOHANNESBURG — L’Afrique du Sud s’enfonce-t-elle dans une crise xénophobe systémique à l’approche des échéances électorales ? Le mouvement nationaliste March and March vient d’intensifier son bras de fer avec les institutions de Pretoria. À Johannesburg, cœur financier du pays, ainsi qu’à Durban, son principal poumon portuaire, des milliers de manifestants ont répondu à l’appel de leur pasionaria, Jacinta Ngobese-Zuma.
Loin de constituer un simple baroud d’honneur, cette journée de mobilisation marque un tournant stratégique majeur. Jacinta Ngobese-Zuma a officiellement décrété une cadence hebdomadaire, promettant de nouvelles marches chaque mardi. Une guerre d’usure politique destinée à maintenir le gouvernement sous une pression maximale jusqu’aux élections municipales du 4 novembre.
Une démonstration de force paramilitaire sous haute surveillance
Le modus operandi du mouvement interpelle autant qu’il inquiète. Les cortèges ont défilé selon une scénographie désormais rituelle : des cohortes d’hommes équipés de bâtons et de boucliers traditionnels encadraient les manifestants, projetant une image de contrôle et de maintien de l’ordre parallèle.
Face au spectre d’un embrasement généralisé, l’appareil sécuritaire sud-africain a déployé d’importants contingents policiers dans les principales métropoles. Si le pire a été évité, la journée a été émaillée de heurts localisés à Johannesburg, notamment des tentatives de pillage ciblé et des jets de projectiles, entraînant plusieurs interpellations.
Paralysie économique et psychose urbaine
L’impact de cette agitation ne se mesure pas seulement au nombre de manifestants, mais à la paralysie rampante qu’elle impose à l’économie réelle. Par mesure de précaution et redoutant les saccages, une large partie des commerçants des quartiers centraux ont baissé le rideau.
L’asphyxie notable du trafic routier et la désertion des centres-villes témoignent du climat de psychose qui accompagne désormais chaque sortie de March and March, pénalisant une activité économique déjà structurellement fragilisée.
L’immigration, exutoire d’une crise sociale profonde
Cette radicalisation de l’espace public s’inscrit dans une temporalité politique hautement stratégique. Le scrutin de novembre fait figure de test de légitimité pour les partis traditionnels, dans un pays miné par une croissance atone, une défiance généralisée envers les élites et un chômage endémique qui frappe plus de 32 % de la population active.
Dans ce contexte de détresse sociale, March and March déroule une rhétorique offensive, érigeant les populations migrantes en situation irrégulière en boucs émissaires. Le mouvement leur attribue la responsabilité d’une grande partie des difficultés que connaît le pays, notamment la montée de la criminalité, le développement des réseaux de trafic de drogue, la saturation des services publics de santé et la raréfaction des emplois pour les Sud-Africains.
Ces arguments trouvent un écho auprès d’une partie de la population confrontée à une précarité persistante. À l’inverse, plusieurs organisations de défense des droits humains mettent en garde contre un discours susceptible d’alimenter les violences xénophobes et de renforcer les fractures sociales.
Le dilemme électoral de Pretoria
En imposant la question migratoire au centre du débat public, March and March réussit à dicter une partie de l’agenda politique à quelques mois des élections municipales.
Le gouvernement du Congrès national africain (ANC) se retrouve confronté à un exercice d’équilibre délicat. Il lui faut répondre aux inquiétudes d’une partie de l’opinion sur l’immigration irrégulière tout en évitant que la surenchère politique ne favorise de nouvelles violences contre les communautés étrangères. À mesure que l’échéance électorale approche, cette tension pourrait devenir l’un des principaux marqueurs de la campagne.
La Rédaction

