Sous l’égide de l’OOAS et du ministère togolais de la Santé, des experts régionaux sont réunis dans la capitale togolaise pour déployer l’initiative WA-MRH. L’objectif : briser le cloisonnement des agences nationales de régulation pour accélérer l’accès aux soins et éradiquer le fléau des produits falsifiés.
Urgence sanitaire face à la fragmentation des barrières réglementaires
Lomé s’affirme une nouvelle fois comme la plaque tournante du dialogue multilatéral en Afrique de l’Ouest. Une table ronde d’experts de haut niveau s’est ouverte dans la capitale togolaise afin de poser les jalons d’une convergence réglementaire du marché du médicament. Coorganisé par le ministère togolais de la Santé et l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), ce sommet technique s’attaque à l’un des principaux freins de la santé publique régionale : le cloisonnement thérapeutique.
Jusqu’à présent, l’accès aux thérapies de pointe souffrait d’une asymétrie administrative majeure. Chaque État membre évaluait les molécules selon des critères d’homologation nationaux et des ressources institutionnelles souvent disparates.
Cette fragmentation des processus d’homologation engendre un double écueil : des délais d’attente prohibitifs pour l’autorisation de mise sur le marché (AMM) et des ruptures de stock chroniques.
Dans un espace régional où la porosité des frontières alimente un marché noir de médicaments contrefaits — responsable de milliers de décès évitables chaque année —, la standardisation des protocoles devient un impératif de sécurité nationale.
Le programme WA-MRH : le levier d’un marché unique du médicament
Au cœur de cette dynamique de rupture se trouve l’initiative WA-MRH (West Africa Medicines Regulatory Harmonization). Ce programme stratégique ne se contente pas de fluidifier la coordination technique ; il ambitionne de restructurer de fond en comble l’architecture pharmaceutique de la sous-région.
En instaurant des procédures d’évaluation conjointes et une reconnaissance mutuelle des décisions d’homologation, l’initiative poursuit un triple objectif :
- Accélérer les délais d’approvisionnement des traitements essentiels et des vaccins
- Garantir l’alignement des agences locales sur les standards internationaux de pharmacovigilance, de sécurité et d’efficacité
- Optimiser les coûts de contrôle pour les fabricants locaux et internationaux, en évitant la multiplication des audits redondants
Mutualisation et souveraineté : l’horizon de l’intégration régionale
Au-delà du simple ajustement des normes, les travaux de Lomé préparent le terrain pour une véritable intégration sanitaire. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, la convergence réglementaire s’impose comme l’unique solution viable pour mutualiser des infrastructures de contrôle qualité lourdes — telles que les laboratoires de haute sécurité biologique — qui font encore défaut à de nombreux États isolés.
À long terme, ce cadre harmonisé constitue le socle indispensable à l’émergence d’une industrie de production pharmaceutique locale compétitive. En offrant aux laboratoires un marché unifié de plus de 400 millions de consommateurs potentiels, l’Afrique de l’Ouest s’arme pour réduire sa dépendance aux importations et construire, pas à pas, sa souveraineté sanitaire.
La Rédaction
Source : Ministère de la Santé du Togo / Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) — Actes de la conférence de Lomé

