Malgré les promesses formulées par les Nations unies en 2016, les établissements de santé continuent de payer un lourd tribut aux guerres. Hôpitaux bombardés, médecins visés, ambulances attaquées : le droit à la santé demeure l’une des premières victimes des conflits contemporains.
Dix ans après l’adoption d’une résolution historique destinée à protéger les services de santé en temps de guerre, le constat demeure alarmant. Dans de nombreuses zones de conflit, les hôpitaux, les centres de soins et le personnel médical continuent d’être pris pour cible, compromettant l’accès aux traitements pour des millions de civils.
Adoptée à l’unanimité en 2016 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la résolution 2286 devait marquer un tournant dans la protection des infrastructures sanitaires. Le texte engageait les États à prévenir les attaques contre les établissements de santé et à poursuivre les responsables de ces violations. Une décennie plus tard, les organisations humanitaires estiment toutefois que les résultats restent largement insuffisants.
Des milliers d’attaques recensées en une seule année
Les données compilées par des organisations spécialisées montrent que les violences contre les services de santé demeurent massives. En 2025, plusieurs milliers d’incidents ont été signalés à travers le monde, allant des bombardements d’hôpitaux aux enlèvements de personnels soignants, en passant par les arrestations arbitraires et les destructions d’équipements médicaux.
Au-delà des pertes humaines immédiates, ces attaques provoquent souvent l’effondrement durable des systèmes de santé locaux. Lorsqu’un hôpital cesse de fonctionner, ce sont des campagnes de vaccination interrompues, des accouchements non pris en charge et des traitements vitaux devenus inaccessibles.
De Gaza au Soudan, des systèmes de santé sous pression
Plusieurs conflits récents illustrent l’ampleur du phénomène. À Gaza, les infrastructures médicales ont subi des dommages considérables, réduisant fortement les capacités de prise en charge de la population. Au Soudan, les combats ont touché des hôpitaux et perturbé l’acheminement de l’aide humanitaire, alors que des épidémies continuent de menacer certaines régions.
En Ukraine, les établissements de santé figurent également parmi les infrastructures les plus touchées depuis le début de l’invasion russe. Au Myanmar, des années d’instabilité et d’attaques contre les services médicaux ont fragilisé la réponse aux catastrophes naturelles et aux urgences sanitaires.
La Syrie demeure l’un des exemples les plus marquants. Après plus d’une décennie de guerre, les conséquences des frappes répétées contre les structures de santé continuent de peser lourdement sur la reconstruction du pays.
Le droit à la santé menacé bien au-delà des hôpitaux
Les spécialistes rappellent que les conséquences sanitaires des conflits dépassent largement les seules attaques contre les centres médicaux. Les destructions de réseaux d’eau potable, d’installations d’assainissement ou de centrales électriques aggravent les risques de maladies et rendent les conditions de vie encore plus précaires pour les populations civiles.
Le droit international humanitaire accorde pourtant une protection spécifique aux établissements de santé, aux ambulances et au personnel médical. Ces protections visent à garantir un accès minimal aux soins même au cœur des conflits.
L’enjeu de l’impunité
Pour les organisations de défense des droits humains, la principale faiblesse réside aujourd’hui dans l’absence de sanctions effectives contre les auteurs de ces attaques. Malgré l’existence de règles internationales claires, les mécanismes de responsabilisation demeurent limités et les poursuites restent rares.
Cette situation nourrit un sentiment d’impunité qui contribue à la répétition des violations. Plusieurs ONG appellent ainsi les gouvernements à renforcer la collecte de preuves, à intégrer davantage le respect du droit international dans les doctrines militaires et à limiter les transferts d’armes vers les acteurs impliqués dans des violations répétées.
Dix ans après les engagements pris à New York, la protection des soins de santé reste donc un défi majeur. Dans un monde où les conflits se multiplient, garantir l’accès aux soins ne relève plus seulement d’un impératif humanitaire, mais d’une condition essentielle à la survie de millions de personnes.
La Rédaction
Sources
Human Rights Watch (HRW), Safeguarding Health in Conflict Coalition (SHCC), Organisation des Nations unies (ONU).

