Une concentration inédite de la faim mondiale
Il ne s’agit plus d’une crise diffuse ni d’un phénomène abstrait. La faim mondiale a désormais une géographie précise, presque cartographiée à l’échelle du chaos. En 2025, près des deux tiers des personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë vivent dans seulement dix pays. Une concentration extrême qui révèle moins une fatalité qu’un enchevêtrement de crises systémiques.
Avec ce constat, le dernier Rapport mondial sur les crises alimentaires, soutenu par l’Organisation des Nations unies, impose une lecture radicalement différente du phénomène : la faim n’est pas partout, elle se fixe là où les États vacillent, où les conflits s’enlisent et où les équilibres économiques s’effondrent.
Dix pays au cœur du déséquilibre mondial
Au cœur de cette cartographie, des pays comme le Soudan, le Nigeria ou la République démocratique du Congo concentrent à eux seuls une part considérable des populations en détresse alimentaire. À cette liste s’ajoutent l’Afghanistan, le Yémen, la Syrie, le Soudan du Sud, le Pakistan, le Bangladesh et la Birmanie. Dix territoires, dix foyers d’instabilité, où la faim devient le symptôme visible d’un désordre plus profond.
Les mécanismes d’une crise systémique
Car derrière les chiffres, c’est une mécanique bien identifiée qui se déploie. Les conflits armés demeurent le premier facteur, détruisant les infrastructures agricoles, déplaçant les populations et désorganisant les circuits de production. À cela s’ajoutent les chocs climatiques, de plus en plus violents, qui fragilisent des économies déjà précaires, tandis que les tensions économiques, amplifiées par l’inflation et la dépendance aux importations, achèvent de verrouiller ces pays dans une spirale de vulnérabilité.
Avec ce rapport, les institutions internationales décrivent en creux un basculement. En 2025, environ 266 millions de personnes, réparties dans 47 pays, ont été confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë. Un chiffre qui a presque doublé en moins d’une décennie. Mais plus encore que son ampleur, c’est sa concentration qui inquiète : la faim s’installe durablement dans des zones déjà fragilisées, renforçant des cercles vicieux dont il devient difficile de sortir.
Un basculement symbolique : la famine confirmée
L’année écoulée marque aussi un tournant symbolique. Pour la première fois, une situation de famine a été confirmée simultanément dans deux contextes distincts : la bande de Gaza et certaines régions du Soudan. Ce double signal indique que les mécanismes de prévention internationaux peinent désormais à contenir les crises les plus extrêmes.
L’effet amplificateur des tensions géopolitiques
À cette fragilité structurelle s’ajoute un facteur aggravant : la recomposition géopolitique mondiale. La guerre au Moyen-Orient agit comme un accélérateur silencieux en perturbant les marchés de l’énergie, ce qui entraîne une hausse du coût des intrants agricoles, notamment des engrais. Le rôle du détroit d’Ormuz illustre cette interdépendance : une tension localisée peut produire des effets en chaîne jusqu’aux systèmes agricoles des pays les plus vulnérables.
Ce lien entre énergie, agriculture et sécurité alimentaire redéfinit les contours de la crise. Il ne s’agit plus seulement d’un problème humanitaire, mais d’un déséquilibre global où chaque choc géopolitique se répercute sur la capacité à se nourrir.
Une réponse fragilisée par le recul de l’aide
Dans ce contexte, un autre signal d’alerte inquiète particulièrement les experts : la baisse des financements de l’aide humanitaire. Alors même que les besoins atteignent des niveaux historiques, les ressources disponibles diminuent, fragilisant davantage les dispositifs de réponse et laissant entrevoir une aggravation des crises dans les années à venir.
Comprendre la faim comme symptôme global
Ainsi se dessine une réalité brutale : la faim mondiale n’est ni accidentelle ni homogène. Elle est le produit d’une convergence de crises qui se cristallisent dans des territoires précis. Comprendre cette géographie, c’est admettre que la réponse ne peut être uniquement alimentaire, mais doit être aussi politique, économique et stratégique.
Dans un monde de plus en plus fragmenté, la faim apparaît alors pour ce qu’elle est réellement : non pas une anomalie, mais le reflet le plus tangible des déséquilibres globaux.
La Rédaction
Source
👉 Global Report on Food Crises 2025 (Rapport mondial sur les crises alimentaires 2025), publié par le réseau international de sécurité alimentaire (FSIN) avec le soutien de plusieurs agences de l’ONU comme le PAM, la FAO et le FIDA.
Version officielle ONU ici :

