L’Algérie a finalement accepté de gracier l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, âgé de 81 ans, après une année passée derrière les barreaux. À la demande du président allemand Frank-Walter Steinmeier, l’auteur pourra être transféré en Allemagne pour y recevoir des soins médicaux, a annoncé la présidence algérienne le mercredi 12 novembre.
Un geste humanitaire attendu
Dans un communiqué officiel, la présidence d’Alger précise que le président Abdelmadjid Tebbounea répondu favorablement à la requête de son homologue allemand, « en raison de la nature et des motifs humanitaires » de cette demande.
Condamné en appel à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal avait été arrêté à Alger le 16 novembre 2024, après une interview controversée accordée au média français Frontières, où il évoquait des propos jugés offensants pour l’intégrité territoriale de l’Algérie.
Âgé et affaibli par un cancer de la prostate, l’auteur de Le Village de l’Allemand ou encore 2084 : La fin du monde était devenu, au fil des mois, le symbole d’un bras de fer diplomatique entre Alger, Paris et Berlin.
Berlin en médiateur discret
La demande allemande, formulée dès l’été 2025, a été déterminante dans ce dénouement. Le président Steinmeier a plaidé pour un geste d’humanité au nom de la relation de confiance entre Berlin et Alger. Selon plusieurs sources diplomatiques, le Saint-Siège et la France ont également joué un rôle discret.
« L’Allemagne a été le déclencheur », reconnaît Noëlle Lenoir, présidente du comité de soutien de Boualem Sansal et ancienne ministre française des Affaires européennes, qui salue « un immense soulagement » après des mois d’incertitude.
Une libération aux accents symboliques
Pour les avocats de l’écrivain, Me François Zimeray et Me Pierre Cornut-Gentille, cette grâce « montre que l’humanité a fini par l’emporter sur les considérations politiques ». Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a exprimé à son tour « son soulagement » et remercié « tous ceux qui ont contribué à cette libération, fruit d’une méthode faite de respect et de calme ».
À l’Assemblée nationale, la nouvelle a suscité un rare moment d’unanimité. « On ne peut pas être condamné pour sa pensée. C’est une règle qui devrait être universelle », a réagi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
Le retour d’un écrivain dérangeant
Romancier inclassable, souvent critique à l’égard des régimes autoritaires arabes comme de l’islamisme politique, Boualem Sansal a toujours incarné une liberté de ton qui lui a valu autant d’admiration que de controverses. Son œuvre, traduite dans plus de vingt langues, explore les fractures de la mémoire coloniale et la tension entre modernité et identité dans les sociétés arabes.
Son transfert en Allemagne, attendu dans les prochains jours, devrait lui permettre d’être soigné, mais aussi — espèrent ses proches — de reprendre la plume. « J’espère qu’on va se revoir bientôt », confie sa fille Sabeha Sansal, soulagée et émue.
La Rédaction

