Au fil des siècles, la momification a fasciné l’humanité, et si certaines civilisations continuent de pratiquer des rites similaires, les momies égyptiennes restent les plus célèbres. Faute de documents détaillés de l’époque pharaonique, les chercheurs contemporains ont recours à l’archéologie expérimentale pour mieux comprendre ces techniques. Dans les années 1990, deux experts américains ont tenté de reproduire le processus sur un corps humain, mêlant savoir scientifique et curiosité historique.
Ronn Wade, ancien infirmier ayant servi au Vietnam, avait d’abord envisagé de devenir croque-mort comme son père avant de s’orienter vers l’anatomie. Bob Brier, égyptologue passionné, avait accumulé tant d’ouvrages sur l’Égypte ancienne qu’il avait loué un second appartement pour les entreposer. Ensemble, ils ont sélectionné un corps donné à la science, celui d’un homme de 76 ans décédé d’une crise cardiaque, qu’ils surnommèrent, avec un certain humour, E. M. Balm.
Pour rester fidèles aux méthodes antiques, ils ont utilisé des outils et matériaux similaires à ceux des pharaons : lames en cuivre et obsidienne, bandelettes de lin et une table d’embaumement imposante. Après des essais préliminaires sur des crânes issus de cours de chirurgie esthétique, ils ont découvert que l’extraction du cerveau nécessitait l’injection d’eau pour liquéfier le tissu avant de le retirer par les narines, reproduisant ainsi la technique égyptienne.
Le corps a ensuite été vidé de ses organes internes, à l’exception du cœur, considéré comme le siège de l’intelligence et des émotions. Les organes abdominaux ont été conservés dans des bols recouverts de natron, un sel minéral absorbant l’humidité et empêchant la putréfaction. L’ensemble du corps a été recouvert de plusieurs centaines de kilogrammes de natron et placé dans une pièce chauffée à 40 °C avec des déshumidificateurs pour simuler l’air sec de l’Égypte.
Après cinq semaines, le corps avait considérablement changé : la peau brunie et ratatinée, les lèvres rétractées laissant apparaître les dents, et le poids tombé de 85 à 36 kg. Le processus avait également réduit la taille des organes, permettant de les loger dans des vases canopes comme le faisaient les embaumeurs anciens. Le corps a ensuite été massé avec des huiles de lotus, de cèdre et de palme, puis enveloppé dans de multiples couches de bandages de lin, intégrant amulettes et fragments de papyrus portant des sorts, suivant les rites de l’Antiquité.
Aujourd’hui, la momie repose dans un cercueil métallique dans le Maryland, préservée à température ambiante depuis trente ans. Les chercheurs ont pu observer qu’elle ne montrait aucun signe de décomposition. Bien que l’expérience ait suscité des critiques sur le plan éthique, elle a apporté de précieuses informations sur la momification : les instruments utilisés, la technique d’extraction du cerveau, la quantité de natron nécessaire et la taille des tables d’embaumement.
L’expérience a également inspiré des recherches sur la momification animale. Guidé par l’égyptologue Salima Ikram, un auteur américain a réussi à momifier un poisson selon un procédé similaire, prouvant qu’il est possible de préserver un corps tout en stoppant la putréfaction et en conservant son apparence. Cette démonstration moderne illustre la précision et la complexité des pratiques funéraires égyptiennes, longtemps enveloppées de mystère et considérées comme magiques.
La Rédaction
Source : Sam Kean, Dinner with King Tut, publié sur divers médias dont The New York Times, The Atlantic et The New Yorker, 1994-2025.

