Une fierté nationale pour l’Éthiopie
Le 3 juillet 2025, le Premier ministre Abiy Ahmed a annoncé l’achèvement complet du Grand Barrage de la Renaissance (GERD), lancé en 2011. Ce mégaprojet, situé sur le Nil Bleu, symbolise la volonté de l’Éthiopie de devenir un hub énergétique pour la région de la Corne de l’Afrique. Entièrement autofinancé par les Éthiopiens, le barrage devrait produire plus de 6 000 mégawatts, soit l’équivalent de plusieurs centrales nucléaires.
Une source de friction avec l’Égypte et le Soudan
Mais ce progrès énergétique suscite de vives inquiétudes en aval. Le Soudan craint des risques pour ses infrastructures hydrauliques, tandis que l’Égypte considère le barrage comme une menace directe à sa sécurité hydrique. Le Nil représente environ 97 % des ressources en eau douce de l’Égypte, indispensable à son agriculture et à sa population croissante.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi n’a pas caché son hostilité, qualifiant le projet d’atteinte à la souveraineté hydrique de son pays. Il a réactivé ses alliances internationales, notamment avec les États-Unis, où Donald Trump (à nouveau influent politiquement en 2025) lui a exprimé un soutien appuyé. Déjà en 2020, Trump avait suggéré que l’Égypte pourrait “faire sauter le barrage”, provoquant une vive controverse.
Un projet stratégique à plusieurs dimensions
Pour Addis-Abeba, le GERD est bien plus qu’un barrage. C’est une affirmation de souveraineté, un levier de développement, et un projet géopolitique majeur. Abiy Ahmed se veut rassurant, assurant que l’ouvrage ne vise pas à affamer ses voisins, mais à initier un partage des ressources plus équitabledans une région longtemps dominée par des traités jugés “injustes”, hérités de l’époque coloniale.
Les négociations dans l’impasse
Malgré des années de pourparlers, notamment sous l’égide de l’Union africaine, aucun accord juridiquement contraignant sur le remplissage et la gestion du barrage n’a encore été signé. L’Égypte exige des garanties claires sur le débit minimal d’eau, notamment en période de sécheresse, ce que l’Éthiopie refuse, invoquant sa souveraineté.
Une crise hydrodiplomatique à surveiller
Avec l’achèvement du GERD, une nouvelle phase s’ouvre : celle de la gestion opérationnelle. Or, sans accord tripartite entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte, chaque ouverture ou fermeture des vannes pourrait devenir un geste diplomatique ou hostile. Dans une région déjà instable, cette nouvelle donne pourrait alimenter des tensions stratégiques durables.
La Rédaction

