Un appel pressant à la mise en place d’une protection temporaire pour les réfugiés du Myanmar
Bangkok. Fuir une dictature militaire pour tomber entre les mains d’une administration qui abuse de votre vulnérabilité : tel est le sort de milliers de ressortissants du Myanmar réfugiés en Thaïlande. Human Rights Watch (HRW) dénonce dans un rapport accablant les extorsions, les menaces et les détentions arbitraires subies par ces personnes, en majorité sans statut légal, et souvent qualifiées de simples « travailleurs migrants », un statut inadapté à leur situation réelle de réfugiés.
Le piège thaïlandais : entre peur et racket institutionnalisé
Depuis le coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, la Thaïlande est devenue une destination majeure pour ceux qui fuient les persécutions, les violences armées et l’effondrement de leur pays. Pourtant, plus de deux millions de ressortissants birmans en Thaïlande sont aujourd’hui sans papiers, constamment menacés d’expulsion ou d’arrestation. Les forces de l’ordre thaïlandaises sont accusées de tirer profit de cette précarité, exigeant des pots-de-vin et vendant de fausses « cartes de police » pour éviter l’expulsion, un système de corruption semi-officiel que HRW qualifie de racket généralisé.
À Mae Sot, ville frontalière devenue symbole de cette impunité, les autorités locales qualifient cyniquement les migrants birmans de « distributeurs automatiques ambulants ». Un journaliste birman réfugié dans cette ville raconte avoir été arrêté six fois : il a dû payer trois fois pour échapper à la détention.
Des protections légales inexistantes ou inaccessibles
La Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de 1951 sur les réfugiés ni son Protocole de 1967, elle ne reconnaît pas juridiquement le statut de réfugié. En 2023, le pays a mis en place un Mécanisme national de filtrage (National Screening Mechanism – NSM), censé identifier les personnes ayant besoin de protection. En réalité, les travailleurs migrants venant du Myanmar, du Cambodge ou du Laos en sont largement exclus.
La seule option offerte aux exilés birmans reste l’obtention d’une carte de travailleur migrant, dite « carte rose », attribuée uniquement si un employeur les parraine. Problème : ces employeurs sont souvent fictifs, et les procédures sont complexes et coûteuses, obligeant les migrants à recourir à des intermédiaires douteux. Résultat : la majorité reste piégée dans un vide juridique.
Expulsions arbitraires et violations des droits
Même ceux qui obtiennent la fameuse carte rose ou paient des « frais » à la police ne sont pas à l’abri. HRW documente plusieurs cas d’expulsion, y compris d’enfants, en violation du principe de non-refoulement. Une femme et sa nièce de 12 ans ont été renvoyées vers le Myanmar malgré le paiement d’un pot-de-vin, après avoir été détenues neuf jours.
Face à ces pratiques, HRW appelle à la mise en place d’un cadre de protection temporaire pour les ressortissants du Myanmar, le temps que des dispositifs juridiques conformes au droit international soient instaurés. Le HCR a également rappelé que toute personne fuyant le Myanmar doit pouvoir accéder au territoire thaïlandais et y demander l’asile, sans risquer d’être renvoyée dans un pays où sa vie est en danger.
Un devoir d’humanité bafoué
Pour Nadia Hardman, chercheuse à HRW, la situation est claire : « Le gouvernement thaïlandais devrait mettre fin à l’exploitation et aux souffrances de plusieurs millions de ressortissants du Myanmar sans papiers. » Tant que la Thaïlande refusera de reconnaître le statut de réfugié, elle continuera de perpétuer un système d’abus institutionnalisé et de violations systématiques des droits humains.
La Rédaction

