À l’est de la Turquie, la ville de Dogubayazit se prépare à accueillir une nouvelle vague de réfugiés venus d’Iran. Une solidarité profonde cohabite avec une inquiétude palpable.
Située à moins de vingt kilomètres de la frontière iranienne, Dogubayazit scrute l’horizon avec appréhension. Alors que les violences s’aggravent en Iran, les habitants n’ont guère de doutes : des familles fuyant la guerre vont bientôt franchir la frontière.
Un devoir d’humanité
Dans cette cité marquée par les migrations successives, l’instinct d’accueil semble chevillé au corps de nombreux habitants.
« Nous ouvrirons nos maisons, nous partagerons notre pain. Quand la guerre frappe à la porte, il faut tendre la main. C’est ce que nous avons toujours fait », affirme Hasan Elci, habitant de longue date.
Un commerçant de la vieille ville renchérit :
« Ici, on ne demande ni la religion, ni l’origine. Si quelqu’un souffre, on l’aide. Point. »
Dogubayazit, déjà refuge lors des exodes syriens ou kurdes, réactive ses réflexes solidaires. Mais l’élan humanitaire se heurte à une réalité plus brutale.
Une ville à bout de souffle
Depuis la dernière crise migratoire, les plaies économiques ne se sont jamais refermées. L’inflation, le chômage et la saturation des infrastructures ont laissé des cicatrices.
« Les prix flambent. On peine à se nourrir. Et maintenant, une nouvelle vague ? Où les loger ? Comment les aider sans sombrer nous-mêmes ? », s’inquiète un résident.
Le pessimisme gagne du terrain. Certains envisagent même de quitter Dogubayazit à leur tour.
« Si ça continue comme ça, c’est nous qu’on devra secourir. Peut-être devrons-nous partir. C’est dur à dire, mais c’est la vérité », confie Cetin Kucukkaya, les yeux baissés.
Compassion contre lassitude
Dans cette ville charnière entre deux mondes, l’accueil n’est pas une nouveauté. Mais cette fois, l’équation est plus fragile. Le cœur veut tendre la main, mais l’estomac gronde. Et entre les deux, l’État turc peine à proposer un soutien suffisant.
Dogubayazit devient ainsi le reflet fidèle des tensions aux marges d’un pays confronté aux conséquences humaines des conflits régionaux. Le dilemme est là : comment rester humain sans s’effondrer soi-même ?
La Rédaction

