“L’Afrique fait partie du Brésil et le Brésil fait partie de l’Afrique.” Ces mots du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva ont résonné avec force à l’occasion du deuxième Dialogue Brésil-Afrique sur la sécurité alimentaire, tenu à Brasília la semaine dernière. Plus de 40 pays africains et neuf organisations internationales étaient réunis pour une rencontre qui dépasse la simple coopération agricole. Il s’agit désormais, selon Lula, de bâtir une nouvelle architecture mondiale de la solidarité.
Une alliance agricole fondée sur l’expérience brésilienne
Le Brésil s’est imposé ces dernières décennies comme une puissance agricole grâce à une stratégie centrée sur la science, l’innovation et l’engagement public. Lula entend aujourd’hui exporter ce modèle au profit des pays africains, en partageant les réussites de l’Entreprise brésilienne de recherche agricole (Embrapa) ou encore du Programme national d’alimentation scolaire, qui nourrit chaque jour 40 millions d’enfants.
Cette volonté de coopération a pris corps durant la visite à Brasília de plusieurs ministres africains de l’agriculture, invités à observer des projets concrets dans les zones semi-arides du Nordeste brésilien. Ces régions, autrefois en proie à la pauvreté et au manque d’eau, sont devenues des pôles d’exportation alimentaire grâce à des technologies adaptées – un savoir-faire que Lula propose aujourd’hui de transposer en Afrique.
Sept pays africains en première ligne
Dans le prolongement de l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté lancée lors du sommet du G20 à Rio en novembre dernier, sept pays africains ont été sélectionnés pour une mise en œuvre accélérée des projets : le Bénin, l’Éthiopie, le Mozambique, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie.
Chacun d’eux bénéficiera d’un accompagnement spécifique sur des axes cruciaux : agriculture familiale, repas scolaires, accès à l’eau, transferts de revenus ou élevage durable. Le message est clair : pas de solution universelle, mais des réponses sur mesure, co-construites avec les gouvernements concernés.
Une stratégie politique mondiale
Ce dialogue agricole s’inscrit dans une vision plus large : celle d’une réforme de la gouvernance mondiale. Lula, depuis son retour au pouvoir, plaide pour l’intégration pleine et entière de l’Union africaine dans les institutions multilatérales. Il soutient également l’allègement de la dette africaine et appelle à une refonte des règles financières internationales.
Loin de se limiter aux champs et aux récoltes, cette coopération traduit un projet de transformation du rapport Nord-Sud. Lula mise sur une solidarité entre pays du Sud global, fondée non sur l’aide, mais sur l’échange, le respect mutuel et la reconnaissance d’intérêts convergents.
Le Brésil et l’Afrique, une mémoire commune à réactiver
Le président brésilien n’a pas manqué de rappeler la profondeur des liens historiques entre son pays et le continent africain. Plus de la moitié des Brésiliens se reconnaissent une ascendance africaine. La langue portugaise est partagée avec six pays d’Afrique. Et lui-même, en 2024, a effectué sa 21e visite sur le continent, un engagement rare parmi les dirigeants latino-américains.
Ce passé commun nourrit une vision partagée de l’avenir. En faisant de l’Afrique un partenaire stratégique dans sa diplomatie agricole, le Brésil affirme que la lutte contre la faim n’est pas seulement une affaire d’expertise, mais de justice historique.
La Rédaction

