Depuis le début du mois de mai, trois figures de la mouvance pro-démocratie malienne sont détenues par la Sécurité d’État, sans nouvelles de leurs proches ni déclaration officielle. Alhassane Abba et Abdoul Karim Traoré, tous deux membres du parti Codem, ainsi qu’El Bachir Thiam du parti Yelema, ont été arrêtés respectivement les 8 et 11 mai. Les autorités les soupçonnent d’« activités de déstabilisation ».
Aucune charge n’a été rendue publique, aucun procès n’a été annoncé, et les trois hommes sont détenus séparément. Le contexte politique, déjà tendu, s’alourdit d’un climat de peur alimenté par le silence des autorités judiciaires. Du côté des familles et des partis politiques, ces arrestations sont perçues comme une tentative délibérée de faire taire la contestation contre la transition actuelle.
Des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une dérive autoritaire. Plusieurs responsables politiques estiment que ces détentions arbitraires sont un message adressé à d’autres figures de l’opposition, notamment l’ancien ministre Housseini Amion Guindo et l’ex-premier ministre Moussa Mara. Ce dernier a d’ailleurs appelé à la libération immédiate de tous les prisonniers d’opinion, soulignant que de telles pratiques fragilisent les acquis démocratiques encore balbutiants du pays.
Face à cette répression, une cellule de crise a été créée pour soutenir les familles et coordonner les actions de défense. Une prière collective a également été organisée aux domiciles des disparus, dans un élan de solidarité civique qui contraste avec l’opacité des institutions.
Le Mali, déjà confronté à de multiples défis sécuritaires et économiques, semble glisser vers un régime où toute contestation est assimilée à une menace. Les arrestations d’opposants sans cadre légal rappellent les heures sombres d’un autoritarisme que beaucoup espéraient révolu. À mesure que les silences se prolongent, l’inquiétude grandit : jusqu’où ira la transition pour imposer son autorité ?
La Rédaction

