En visite au Burkina Faso, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a livré un discours critique mais réfléchi sur la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), tout en réaffirmant sa volonté de renforcer les liens bilatéraux avec les pays de l’AES.
Dans un entretien de 45 minutes accordé à la télévision publique burkinabè (RTB), et diffusé ensuite sur la chaîne nationale sénégalaise RTS, Ousmane Sonko a pris le temps de décortiquer les raisons du départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao. Une rupture qu’il a qualifiée de regrettable, mais compréhensible au regard des manquements persistants de l’organisation régionale.
« Quand il y a un coup d’État, on s’indigne, mais on oublie de se demander ce qui a poussé les militaires à intervenir », a lancé Sonko, pointant du doigt les silences coupables de la Cédéao face aux dérives démocratiques : révisions constitutionnelles opportunistes, répression des oppositions, verrouillage des libertés. « Quand les opposants sont brimés, la Cédéao n’en parle pas… jusqu’au point de rupture. »
Sans remettre en cause l’utilité de la Cédéao, le chef du gouvernement sénégalais a invité à une autocritique profonde de ses mécanismes de gouvernance. « J’espère que la Cédéao tirera toutes les leçons », a-t-il ajouté, dans un ton mêlant lucidité et espoir.
Coopération malgré la fracture
Au-delà de la polémique régionale, Ousmane Sonko a insisté sur la continuité des relations bilatérales avec le Burkina Faso. « Même si la Cédéao a éclaté, nous continuerons à travailler ensemble », a-t-il assuré, soulignant les nombreux accords en vigueur entre les deux pays : vingt déjà ratifiés, vingt-trois autres en cours de discussion. Les domaines prioritaires restent la sécurité et l’économie, au cœur des préoccupations régionales.
Cette visite s’inscrit dans une démarche plus large du Sénégal pour redéfinir ses partenariats stratégiques sur la base de la souveraineté nationale. Elle fait suite à la décision de fermer les bases militaires françaises sur le sol sénégalais, un geste fort qui confirme la volonté du pouvoir actuel de réorienter la politique extérieure du pays.
Silence sur un compagnon d’hier
Cependant, un silence a pesé dans les propos d’Ousmane Sonko : celui concernant Guy Hervé Kam. Ancien avocat de Sonko lorsqu’il était opposant emprisonné, Kam est détenu depuis un an à la prison militaire de Ouagadougou dans des conditions dénoncées par plusieurs ONG. L’absence d’une déclaration publique en sa faveur interroge, surtout au vu de leur passé commun et de l’attachement revendiqué de Sonko aux droits humains.
La Redaction

