L’affaire a provoqué un vif émoi en Algérie et au-delà. Le 2 mai 2025, l’Autorité nationale de régulation de l’audiovisuel (Anira) a suspendu pour dix jours la chaîne d’information Echorouk News TV. Motif : la publication sur sa page Facebook d’un terme ouvertement raciste visant les migrants d’Afrique subsaharienne, en marge d’un reportage sur une descente de police à Alger.
Une suspension inédite pour dérive raciste
Dans un communiqué publié vendredi, l’Anira a dénoncé l’usage d’un mot à “caractère raciste extrêmement grave” employé le 1er mai. Le terme incriminé, « nouagra » – littéralement « nègres » en dialecte algérien – a été utilisé pour désigner des migrants en situation irrégulière interpellés lors d’une opération policière. L’autorité de régulation a condamné “un discours de haine attentatoire à la dignité humaine”, contraire aux valeurs fondamentales du pays.
Des excuses exigées, un malaise persistant
Face à cette dérive, l’Anira a exigé des excuses publiques et officielles de la part des responsables d’Echorouk News. Elle déplore des dérapages professionnels “injustifiés et contraires à l’éthique”, tout en rappelant que ces migrants sont “nos frères africains”. Cette décision s’inscrit dans un contexte où plusieurs chaînes ont déjà été sanctionnées, sans que le phénomène ne semble diminuer.
Une tension latente autour de la migration subsaharienne
Depuis plus d’une décennie, l’Algérie accueille des dizaines de milliers de migrants d’Afrique subsaharienne, souvent en quête d’un passage vers l’Europe. Dans l’intervalle, beaucoup survivent en travaillant dans les secteurs informels ou en mendiant. Près de 5 000 d’entre eux ont été refoulés vers le Niger rien qu’en avril 2025, selon les autorités nigériennes.
Une parole présidentielle ambivalente
Le 24 avril, le président Abdelmadjid Tebboune a pour la première fois abordé publiquement la question du travail des migrants subsahariens. Tout en reconnaissant leur utilité dans les secteurs agricoles, il a insisté sur la nécessité d’une entrée légale en Algérie, évoquant les risques liés au terrorisme et à l’arbitraire. Une posture qui oscille entre pragmatisme économique et fermeté sécuritaire.
La suspension d’Echorouk News révèle une réalité plus profonde : celle d’un racisme latent, parfois banalisé, envers les migrants subsahariens. Si les autorités se montrent désormais plus réactives, la lutte contre les discriminations passe aussi par un profond travail éducatif, médiatique et institutionnel. Il ne suffit pas de sanctionner les mots, encore faut-il interroger les mentalités qui les rendent possibles.
La Rédaction

