En Afghanistan, une nouvelle génération de femmes urbaines s’éloigne progressivement de la burqa bleue, longtemps symbole de l’oppression imposée par les talibans. Si ces derniers continuent d’exiger que les femmes couvrent leur corps et leur visage, la burqa n’est plus explicitement mentionnée dans leurs directives. Résultat : de nombreuses jeunes Afghanes adoptent des alternatives plus modernes, inspirées des styles vestimentaires du Golfe.
Une transition vestimentaire portée par la jeunesse
À Kaboul et dans d’autres grandes villes comme Mazar-i-Sharif, les jeunes femmes privilégient désormais l’abaya fluide, assortie d’un hijab et parfois d’un voile facial. Certaines optent pour un masque médical ou un niqab léger, jugé plus confortable que la burqa intégrale.
« La nouvelle génération n’accepterait jamais de porter la burqa, à cause de son design et de sa couleur », explique Tahmina Adel, 23 ans, contrainte d’abandonner ses études d’économie en raison des restrictions imposées aux femmes par les talibans. Pour elle, l’abaya offre plus de liberté et s’inscrit dans les tendances que les jeunes suivent grâce aux réseaux sociaux.
Même constat pour Razia Khaliq, brodeuse de burqas à Mazar-i-Sharif : « Seules les femmes âgées portent encore la burqa. Ma fille, par exemple, préfère l’abaya, qui est bien plus confortable. »
Une oppression toujours présente
Si la burqa n’est plus systématiquement imposée, la répression du régime taliban reste omniprésente. Les femmes doivent toujours se couvrir entièrement en public, et les autorités multiplient les contrôles. Dans les bureaux administratifs, il n’est pas rare qu’on leur ordonne d’ajuster leur voile ou de porter un masque.
« Dès que nous entrons dans les bâtiments publics, nous sommes maltraitées », témoigne Niha, 22 ans.
La police religieuse, connue sous le nom de ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice, veille à l’application des règles vestimentaires. Son porte-parole, Saif ul Islam Khyber, rappelle que peu importe le choix vestimentaire : « Qu’il s’agisse d’une burqa ou d’un hijab, il n’y a aucune différence. »
Entre résistance et adaptation
Certaines femmes, bien que soumises aux restrictions, tentent d’adapter leur tenue pour gagner en confort. « Parfois, je porte une abaya et un foulard plutôt qu’une burqa pour pouvoir respirer », confie Nasima, la quarantaine.
D’autres, comme Sabrina, 23 ans, à Kandahar, se souviennent de leur première expérience avec la burqa après le retour des talibans en 2021. « Je ne voyais plus où j’allais, je ne savais pas si j’allais à droite ou à gauche », raconte-t-elle. « C’était très étrange. »
Si les talibans continuent d’effacer les femmes de l’espace public, leur contrôle absolu sur l’apparence féminine semble s’éroder. L’émergence de nouvelles tendances vestimentaires témoigne d’une résistance discrète mais significative de la jeunesse afghane, qui refuse de disparaître derrière le voile de l’oppression.
La Rédaction

