À Port-au-Prince, la tension a atteint un point de non-retour dans le quartier de Canapé Vert. Exaspérés par les menaces d’invasion de leur secteur par les gangs, les habitants ont décidé de se défendre eux-mêmes, armés de machettes et de couteaux.
Une population livrée à elle-même
Depuis plusieurs jours, les résidents de Canapé Vert lançaient des appels désespérés à la police pour qu’elle intervienne face aux menaces proférées par les gangs. En vain. Face à l’inaction des forces de l’ordre, ils ont pris l’initiative de barricader les routes avec des arbres et des pneus en feu, bien déterminés à ne pas se laisser déposséder de leur quartier.
Un manifestant, drapé dans le drapeau haïtien, a dénoncé l’impunité des gangs et la passivité du gouvernement. “C’est notre drapeau ! Ils ne nous chasseront pas”, a-t-il clamé avec colère. Un autre, tout aussi déterminé, a lancé un cri de désespoir : “Nous n’avons nulle part où aller. Nous disons non – ça suffit !”
Les gangs, maîtres de Port-au-Prince
Le gang qui menace Canapé Vert appartient à la coalition Viv Ansanm, un regroupement criminel qui s’est emparé de nombreux quartiers de la capitale. Depuis février 2024, cette organisation est responsable d’une série d’attaques coordonnées contre les infrastructures gouvernementales, allant jusqu’à paralyser l’aéroport international pendant près de trois mois et à organiser l’évasion massive de plus de 4 000 détenus des deux plus grandes prisons du pays.
Aujourd’hui, 85 % de Port-au-Prince est sous le contrôle des gangs, et ces derniers poursuivent leur conquête, menaçant des quartiers autrefois paisibles.
Une crise sans issue ?
L’absence de réaction des autorités face aux appels des habitants de Canapé Vert soulève de nombreuses interrogations. Pourquoi la police n’est-elle pas intervenue, alors que les demandes ont été relayées par une station de radio locale ? Le gouvernement a-t-il perdu toute emprise sur la situation ?
Une chose est sûre : face à l’abandon de l’État, les Haïtiens semblent désormais prêts à défendre eux-mêmes leurs quartiers, au péril de leur vie.
La Rédaction

