Le président vénézuélien Nicolás Maduro a présenté un projet de réforme constitutionnelle qu’il décrit comme un moyen de renforcer la démocratie et de diversifier l’économie du pays. Mais derrière ces annonces officielles, l’opposition et de nombreux observateurs dénoncent une tentative de centralisation du pouvoir à l’approche des élections de 2025.
Un projet ambitieux ou une réforme taillée sur mesure ?
Devant l’Assemblée nationale, largement acquise à sa cause, Maduro a justifié cette initiative en mettant en avant la nécessité d’une « modernisation » du système politique vénézuélien. Parmi les propositions phares figurent une redéfinition des divisions territoriales et la création d’un « pouvoir communal » qui viendrait s’ajouter aux niveaux de pouvoir existants (national, régional et municipal).
« Il s’agit d’un effort pour construire un nouvel État démocratique en intégrant pleinement le pouvoir communal, social et populaire », a déclaré Maduro lors de son discours.
Selon le gouvernement, cette réforme vise à donner plus de place aux communautés locales dans la prise de décision et à stimuler une économie « diversifiée », réduisant la dépendance du pays au pétrole. Mais pour l’opposition, ces propositions ne sont qu’un habillage destiné à masquer une concentration accrue du pouvoir entre les mains du chef de l’État.
Une opposition inquiète et un contexte électoral tendu
Depuis des années, le Venezuela est plongé dans une crise politique et économique profonde. Maduro, au pouvoir depuis 2013, a régulièrement été accusé de réprimer l’opposition et de manipuler les institutions pour rester en place. Cette réforme constitutionnelle arrive à un moment stratégique, alors que des élections présidentielles sont prévues pour 2025.
Des figures de l’opposition, comme María Corina Machado et Edmundo González, dénoncent une manœuvre visant à affaiblir encore davantage les contre-pouvoirs. Certains analystes soulignent que la notion de « pouvoir communal » pourrait servir à marginaliser les gouverneurs et maires issus de l’opposition en les contournant au profit de structures directement contrôlées par le gouvernement central.
Vers un passage en force ?
L’Assemblée nationale, dominée par les partisans de Maduro, devrait approuver cette réforme sans grande difficulté. Cependant, la question reste de savoir si cette initiative rencontrera une résistance populaire. En 2007, une tentative similaire de modification constitutionnelle par Hugo Chávez avait été rejetée par référendum, signe que la population vénézuélienne peut se mobiliser contre une réforme jugée trop autoritaire.
Aujourd’hui, la situation est différente : Maduro a renforcé son contrôle sur les institutions et réprimé toute contestation. Pourtant, avec une économie en difficulté et une diaspora massive qui fuit la crise, le mécontentement grandit. Cette réforme pourrait bien être un test décisif pour la stabilité du régime à l’approche des prochaines élections.
Si Maduro parvient à imposer cette refonte constitutionnelle, cela pourrait marquer un tournant majeur pour l’avenir du Venezuela. Mais reste à voir si les citoyens accepteront ce remodelage du paysage politique ou s’ils choisiront d’exprimer leur rejet, dans la rue ou dans les urnes.
La Rédaction

