“Si la cocaïne était produite ailleurs, serait-elle encore illégale ?”. Cette question, qui frôle l’absurde mais ne manque pas de fondement, a été posée par le président colombien Gustavo Petro lors d’un conseil des ministres, en date du 4 février. Selon lui, la cocaïne “n’est pas plus mauvaise que le whisky”, et son illégalité découlerait principalement de son lieu de production : l’Amérique latine. Une déclaration audacieuse qui soulève plus qu’un sourcil, et provoque un débat qui mérite d’être pris au sérieux.
Une géographie qui fait la loi
Petro a expliqué de façon claire et directe que l’illégalité de la cocaïne n’a rien à voir avec sa dangerosité intrinsèque. Non, elle tient au fait que la cocaïne est produite en Amérique latine, une région où la lutte contre le trafic de drogue occupe une place centrale dans les politiques internationales. En d’autres termes, selon le président, si la cocaïne poussait dans d’autres régions du monde, comme l’Écosse pour le whisky, elle serait perçue de manière bien différente. C’est un raisonnement provocateur, certes, mais qui pose la question du double standard entre les drogues et l’alcool, deux substances aux effets similaires en termes de dépendance et de dégâts sociaux.
Le whisky : un choix diplomatique en toute légalité
“Le whisky, on peut en boire à toute heure, c’est un produit légal, mais la cocaïne ? C’est une autre histoire”, a ironisé Petro, visiblement amusé par la contradiction. C’est dans cette même lignée qu’il a défendu son point de vue : pourquoi un produit fabriqué dans une autre région du monde, comme le whisky écossais, serait-il légal, tandis que la cocaïne, qui a des effets comparables, est persécutée simplement parce qu’elle est cultivée dans les montagnes colombiennes ? Cette réflexion soulève un point crucial : une substance est-elle mauvaise à cause de ses effets, ou à cause du contexte dans lequel elle existe ?
Un appel à réfléchir sur la politique de la drogue
Petro, fidèle à son style, n’a pas hésité à bousculer les idées reçues et à jeter un pavé dans la mare des politiques internationales sur la drogue. En affirmant que la cocaïne n’est ni plus dangereuse ni plus mauvaise que d’autres substances légales, il invite à repenser la manière dont les drogues sont régulées à l’échelle mondiale. Faut-il se concentrer davantage sur les dangers intrinsèques des substances ou sur les contextes économiques et géopolitiques dans lesquels elles sont produites ? Petro semble suggérer que la réponse à cette question pourrait bien se trouver dans un changement de perspective.
Un président qui ose secouer les consciences
Gustavo Petro, en affirmant que la cocaïne n’est qu’un produit “géopolitiquement malchanceux”, n’a peut-être pas trouvé une solution magique aux problèmes liés à la drogue. Cependant, il a certainement ouvert un espace pour un débat plus nuancé sur la question. Sa prise de position va à l’encontre des discours traditionnels, mais elle n’est pas dénuée de logique : si l’on pouvait changer le lieu de production de la cocaïne, pourrait-elle devenir un produit aussi légalisé que le whisky ? Un problème de perception et de politique, bien plus qu’une question de dangerosité.
En attendant une révision de la carte géographique des substances, la Colombie, sous la présidence de Petro, continue de naviguer sur une mer agitée entre la lutte contre le narcotrafic et l’appel à un changement de paradigme dans la lutte contre les drogues. Et peut-être que, d’ici quelques années, l’histoire du whisky et de la cocaïne sera racontée sous un jour bien différent.
La Rédaction

