Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre dernier, la Turquie s’active pour consolider son rôle en Syrie, profitant du retrait progressif de l’Iran. Une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le président intérimaire syrien Ahmed al-Charaa serait imminente, avec à la clé des discussions sur un accord de défense susceptible de rebattre les cartes de l’équilibre régional.
Un tournant stratégique pour Ankara
Selon des sources turques et syriennes, cet accord inclurait la création de bases aériennes turques en Syrie et une coopération militaire renforcée, notamment dans la formation de la nouvelle armée syrienne. Membre de l’OTAN, la Turquie avait longtemps soutenu l’opposition à Assad avant que celui-ci ne soit évincé. Désormais, Ankara cherche à asseoir son influence en s’impliquant directement dans la reconstruction militaire du pays.
C’est la première fois que des détails concrets émergent sur un partenariat de défense entre la Turquie et la Syrie. Cet accord prévoirait l’utilisation de l’espace aérien syrien par l’armée turque, ainsi qu’un rôle actif d’Ankara dans l’équipement et l’entraînement des forces syriennes.
Des bases turques en territoire syrien
Des discussions sont en cours concernant l’implantation de deux bases turques dans la région désertique d’al-Badiya. À terme, ces infrastructures pourraient accueillir des chasseurs F-16 et d’autres équipements stratégiques. Selon un responsable syrien, l’objectif est de renforcer la coopération militaire tout en définissant de nouveaux axes de partenariat sécuritaire.
Le journal Türkiye rapporte que la Turquie pourrait fournir à la Syrie des drones, des radars et des systèmes de guerre électronique, notamment pour sécuriser la frontière avec Israël. Cette assistance inclurait également la modernisation de l’armée syrienne grâce à un approvisionnement en matériel militaire avancé.
Enjeux régionaux et position russe
Parallèlement, la Russie négocie avec Damas le maintien de ses bases militaires, notamment à Tartous et Lattaquié. Le ministre syrien de la Défense, Marhaf Abu Qasra, a évoqué en janvier une volonté de renforcer les alliances stratégiques du pays, sans mentionner directement la Turquie.
Un responsable du renseignement régional affirme que les bases aériennes turques pourraient être situées à Palmyre et sur la base militaire T4, en plein cœur de la province de Homs. Cette manœuvre viserait également les forces kurdes du nord-est syrien, considérées par Ankara comme une menace sécuritaire.
La Turquie, qui perçoit les Unités de protection du peuple (YPG) comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), reste préoccupée par la présence kurde en Syrie. Si elle a déjà menacé d’intervenir militairement contre ces groupes, elle privilégie pour l’instant la diplomatie, tout en consolidant ses positions sur le terrain.
En se repositionnant comme un acteur incontournable de la Syrie post-Assad, la Turquie cherche à rééquilibrer les rapports de force au Moyen-Orient, quitte à attiser de nouvelles tensions avec d’autres puissances régionales.
La Rédaction

