Dans le désert d’Atacama, au Chili, un ambitieux projet d’hydrogène vert, baptisé « Inna », pourrait nuire à l’observation astronomique, en particulier à l’Observatoire de Paranal, où est installé le Very Large Telescope (VLT), l’un des télescopes les plus puissants au monde. Ce site, considéré comme ayant le « ciel le plus pur du monde », est menacé par les projets industriels voisins, notamment un complexe de production d’hydrogène et d’ammoniac vert qui pourrait affecter gravement l’atmosphère locale.
L’Observatoire de Paranal, situé à plus de 2 000 mètres d’altitude, dans l’une des zones les plus claires et stables de la planète, est un joyau de l’astronomie. Grâce à son emplacement stratégique, l’ESO (Observatoire Européen Austral) bénéficie d’une visibilité exceptionnelle qui lui a permis de réaliser des découvertes majeures, comme la première image d’une exoplanète en 2004 et des recherches primordiales sur l’expansion de l’univers. Selon Fabien Malbet, directeur de recherche en astrophysique à l’Université Grenoble Alpes, le VLT permet d’observer ce que l’on appelle « le ciel le plus pur du monde », un environnement qui offre des conditions exceptionnelles pour les astronomes.
Cependant, la tranquillité de cette région pourrait être bouleversée par le projet « Inna ». Annoncé fin décembre par AES Andes, une filiale d’AES Corporation, ce projet d’hydrogène vert à 5 km seulement de l’observatoire pourrait avoir des effets dévastateurs. Les chercheurs craignent que la construction du complexe génère des émissions de poussière, des turbulences atmosphériques et une pollution lumineuse, des facteurs qui compromettraient gravement la qualité des observations astronomiques. Selon Xavier Barcons, directeur général de l’ESO, de telles perturbations auraient un « impact irréparable » sur les capacités de recherche.
À l’heure actuelle, les seules sources de pollution de la région proviennent de la mine à ciel ouvert de La Escondida et de la ville d’Antofagasta, situées à plus de 100 kilomètres de l’observatoire. Mais le projet « Inna », avec ses 3 000 hectares de panneaux photovoltaïques et son port d’exportation, représenterait un défi beaucoup plus important pour la préservation du ciel nocturne.
Bien que l’importance de la transition vers les énergies renouvelables ne soit pas remise en question, les experts s’interrogent sur la pertinence de choisir un site aussi proche d’une zone de recherche astronomique d’une telle valeur. Fabien Malbet exprime son inquiétude : « Cela doit-il se faire aux dépens d’une réserve de ciel étoilé ? ». Si la pollution lumineuse augmente, la région pourrait perdre son statut de ciel pur et certaines observations devenant impossibles.
Le Chili, actuellement l’un des endroits les plus obscurs du monde, risque ainsi de perdre un patrimoine scientifique inestimable. Malbet rappelle que même des sites isolés ne sont plus à l’abri de l’impact humain, comme le montre l’exemple du célèbre observatoire du Mont Wilson à Los Angeles, désormais incapable de réaliser des observations significatives à cause de la pollution lumineuse de la ville.
L’avenir du projet « Inna » dépendra des décisions du gouvernement chilien. De son côté, AES Andes assure que le projet respecte des normes strictes en matière de pollution lumineuse et qu’il sera implanté dans une zone désignée pour les énergies renouvelables. L’entreprise affirme aussi qu’elle tiendra compte des exigences environnementales pour minimiser l’impact sur l’observation astronomique et la biodiversité.
La Rédaction

