Chaque début janvier, Rome devient le théâtre d’un rassemblement qui suscite inquiétude et controverse : des organisations néofascistes se réunissent dans la capitale italienne pour commémorer trois militants d’extrême droite assassinés en 1978. Ce qui était autrefois un “rituel semi-clandestin” se mue progressivement en une démonstration publique assumée, marquant une montée en visibilité de l’idéologie néofasciste, selon la presse italienne.
Une scène troublante dans le quartier de Tuscolano
Dans le quartier de Tuscolano, à l’est de Rome, des centaines de participants habillés de noir se regroupent en rangs serrés, certains tendant le bras dans un salut qui rappelle les heures sombres de l’histoire. Cette année encore, début janvier, ils étaient près d’un millier, rejoints par des sympathisants venus de France et de Hongrie, selon le Corriere della Sera. Le rassemblement s’est tenu devant l’ancien siège du Mouvement social italien, rue Acca Larenzia, lieu symbolique pour l’extrême droite italienne.
C’est là que, en 1978, au cœur des “années de plomb”, deux jeunes militants âgés de 18 et 20 ans ont été tués par un commando d’extrême gauche. Quelques heures plus tard, un troisième, âgé de 19 ans, a succombé aux balles d’un policier lors des émeutes qui ont suivi.
Une mémoire politisée
Désignée comme un “culte noir” par La Repubblica, cette commémoration est un événement crucial pour l’ultradroite italienne. Longtemps relégué à la semi-clandestinité, ce rassemblement a pris une tournure de plus en plus visible ces dernières années. Selon des observateurs, il reflète une volonté croissante de banaliser des symboles et des discours que l’histoire avait jusque-là relégués au passé.
La symbolique du lieu, les slogans scandés et la posture adoptée par les participants interrogent la société italienne sur l’impact persistant de certaines idéologies. Pour les détracteurs, cet événement n’est pas qu’un simple hommage : il s’agit d’une tentative de réhabilitation d’une époque et d’un discours que beaucoup considèrent comme incompatibles avec les valeurs démocratiques actuelles.
En Italie, ce rassemblement fait ressurgir les tensions autour de la mémoire historique, divisant profondément l’opinion publique. La question reste posée : jusqu’où la société peut-elle tolérer la résurgence d’un tel passé dans ses rues ?
La Rédaction

