À l’approche des fêtes, où les repas prennent une place centrale, une petite révolution linguistique s’invite dans nos assiettes : faut-il dire « bon appétit » ou « bonne dégustation » ? Derrière ces deux formules se cache bien plus qu’une simple différence de mots. Elles traduisent des évolutions dans nos habitudes sociales, culturelles et gastronomiques.
Une histoire d’appétit et de conventions
L’expression « bon appétit » est apparue au XVIIᵉ siècle, héritée du latin appetitus, qui désigne le désir ou l’inclination naturelle. Elle s’est vite imposée comme une formule courante pour souhaiter à ses convives un agréable repas.
Mais dès ses débuts, « bon appétit » a suscité des réticences dans les cercles les plus distingués. Au nom de l’étiquette, évoquer l’appétit – un besoin primaire lié au corps – était jugé inapproprié, voire grossier. Antoine de Courtin, auteur du Nouveau traité de civilité en 1622, rappelait qu’il était inconvenant de parler des goûts ou dégoûts alimentaires à table, sous peine de manquer de finesse.
Plus tard, au XIXᵉ siècle, les élites considéraient que cette formule mettait trop l’accent sur la fonction nutritive du repas, au détriment de son raffinement. Dire « bon appétit » revenait à reconnaître un effort pour manger, ce qui pouvait être mal perçu dans des environnements où le repas se devait d’être une expérience sensorielle et culturelle.
Le triomphe de « bonne dégustation »
C’est ici qu’intervient « bonne dégustation », une formule plus récente et chargée de nouvelles connotations. Contrairement à « bon appétit », elle invite à apprécier le repas comme une expérience gustative raffinée. Chaque bouchée devient une célébration des saveurs, des textures et des arômes.
Employée dans les restaurants gastronomiques ou lors d’événements formels, « bonne dégustation » s’impose comme un marqueur social. Elle valorise non seulement le savoir-faire du cuisinier, mais aussi l’attention portée aux détails et à l’esthétique des plats. Dire « bonne dégustation », c’est reconnaître l’effort artistique et l’exigence culinaire derrière chaque assiette.
Deux formules, deux contextes
Cependant, « bon appétit » n’a pas disparu. Cette formule chaleureuse et conviviale reste courante dans les repas familiaux ou entre amis, où l’objectif est avant tout de partager un moment simple et agréable.
« Bonne dégustation », en revanche, s’adapte mieux aux cadres plus formels. Elle traduit une certaine sophistication et met en lumière la dimension sensorielle et culturelle du repas. Le choix entre ces deux formules reflète donc autant le contexte que le message que l’on souhaite transmettre.
Faut-il dire quelque chose ?
Enfin, certains se demandent s’il est nécessaire de prononcer une formule en début de repas. Et si l’expérience culinaire se suffisait à elle-même ? Pourtant, comme le rappelle le sémiologue Jean-Jacques Boutaud, le repas est un véritable théâtre social. Ces rites, même simples, renforcent les liens entre les convives et participent à l’ambiance générale.
Ainsi, le débat entre « bon appétit » et « bonne dégustation » dépasse le simple choix de mots. Il reflète nos rapports à la nourriture, à la convivialité et à la culture. Entre tradition et modernité, chaque formule a sa place, selon l’occasion et l’intention.
Alors, quelle formule choisirez-vous pour votre table de Noël ou de fin d’année ?
La Rédaction

