D’ici 2050, le Japon devrait compter autant de personnes âgées que de travailleurs. Pour faire face à ce défi, le pays s’engage résolument dans la robotisation des soins aux aînés. Avec un vieillissement démographique rapide et une pénurie de main-d’œuvre, le Japon a investi des milliards dans la recherche et le développement de robots d’assistance au cours des vingt dernières années.
L’ingénieur en électronique et mécanique de l’Université de Nagoya, M. Shibata, souligne l’importance de ces innovations. En effet, le pays a développé plusieurs robots « thérapeutiques », dont Aibo, Kiwi, Mango, Lovot et Paro. Ces robots sont conçus pour interagir avec les personnes âgées et stimuler leurs capacités cognitives.
Interaction et bien-être
Parmi ces robots, Paro, un petit phoque blanc, est particulièrement apprécié. Réagissant à la voix humaine et aux caresses, il est utilisé dans de nombreuses résidences pour personnes âgées à travers le monde. Avec environ 8000 unités vendues, notamment aux États-Unis, en France, au Danemark et au Japon, Paro est vendu à 6000 $ US l’unité. À Tokyo, dans la résidence Shintomi, les résidents sont ravis de caresser Paro, qui répond comme un chat endormi. L’interaction est au cœur de l’expérience avec Paro : « Il faut lui parler et le toucher pour qu’il réagisse », explique M. Shibata. Des études menées au Danemark ont démontré que Paro peut réduire l’anxiété et améliorer le sommeil des personnes âgées, montrant des effets bénéfiques significatifs, même pour ceux souffrant de démence sénile.
Un outil inattendu mais essentiel
M. Shibata a orienté ses recherches vers la création de robots qui n’ont pas nécessairement une fonction pratique au sens traditionnel, mais qui favorisent l’interaction humaine. « Les animaux de compagnie, par exemple, ne servent à rien sur le plan du travail, mais ils apportent de l’émotion et des relations », dit-il. En évitant la création de robots qui tenteraient d’imiter des animaux familiers, il a choisi un phoque, moins connu, pour éviter les attentes irréalistes.
Concernant la possibilité de rendre Paro accessible au grand public, M. Shibata précise que ce n’est pas un simple jouet, mais un appareil de qualité conçu pour durer entre 10 et 20 ans.
Un défi démographique majeur
Le vieillissement de la population japonaise représente un véritable défi. En 2023, environ 36 millions de personnes avaient plus de 65 ans, représentant près de 29 % de la population. Parmi elles, 6 millions nécessitent des soins à long terme, selon l’OCDE. Le manque de personnel soignant est une préoccupation croissante : d’ici 2025, le Japon pourrait faire face à un déficit de 380 000 travailleurs dans ce secteur. Pour remédier à cette situation, le gouvernement japonais a mis en place une politique d’investissement dans la robotisation des soins, allouant 45 milliards de yens (413 millions de dollars canadiens) en 2018, et prévoit que ce marché pourrait atteindre 566 milliards de yens (5,2 milliards de dollars canadiens) d’ici 2035.
Une approche unique : les résidences de jour
Le Japon a également développé un modèle unique de « résidences de jour », où un tiers des personnes âgées ayant besoin de soins de longue durée ne vivent pas à temps plein dans des établissements. Environ quatre millions d’entre elles bénéficient de services pendant la journée et retournent chez elles le soir. Ce système permet aux enfants de s’occuper de leurs parents tout en poursuivant leurs activités professionnelles. Selon le PDG de Sliverwing, cette approche est très appréciée des familles.
Ainsi, face à un défi démographique sans précédent, le Japon mise sur l’innovation robotique pour améliorer la qualité de vie des aînés, tout en développant des solutions adaptées aux besoins des familles.
La Rédaction

